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Le souffle des Amap - article tiré de l'Age de Faire n° 1 (Octobre 2005)

Les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) fleurissent dans les campagnes françaises où de petits producteurs et associations de consommateurs s’entendent sans intermédiaires. D'un côté, 30000 fermes disparaissent chaque année sous la pression du système économique, où ce qu’elles offrent n’aurait plus sa place. De l'autre, des consommateurs las d'acheter à l’aveugle des denrées fades, dont le prix se compose à 80 % de pub, de transports, d’emballages, de frais de stockage, de traitements chimiques, de conservateurs en tout genre. Le secret des AMAP, c'est la redécouverte de la proximité, à l’opposé des délocalisations. S'en suivent de multiples avantages qui vont bien au-delà de la demande initiale.

« Alain, c'est notre jardinier de famille»

« Elle est belle comme une princesse ». Nous sommes jeudi soir, jour de la distribution des paniers du Clos vert. Emilie vient d'arriver à la ferme, ses photos de mariage sous le bras. Il y a encore quelques mois, les membres de l'AMAP de Crosmières ne se connaissaient pas. Désormais, chaque distribution donne lieu à des moments de discussion et de complicité. « Cette AMAP, ça crée du lien entre nous. On échange des milliers d'informations, sur nos modes de vie, sur l'écologie. Au-delà des bons légumes, il y a des rapports humains, et ça fait partie du plaisir de venir» s'enthousiasme Jocelyne, l'une des fondatrices de l'association.

Sur les étals, Alain Penloup, le « jardinier de famille» comme on l'appelle ici, a disposé en cageot les légumes que chacun mettra dans un panier dont la composition est indiquée sur un tableau: « Ail; 3 têtes, Salades; une petite et une moyenne, radis : une botte, pommes de terre : 600 grammes… » Et pendant que chacun vient se servir et peser ses légumes (une balance est laissée à disposition), la discussion se poursuit à l’autre bout de la pièce.

Commerce équitable local

« Nos rêves se sont centralisés autour de cette AMAP » poursuit Jocelyne avec l'approbation de Jean-Luc, « c'est un moyen de concrétiser nos aspirations. On s’aperçoit que beaucoup de gens pensent que la consommation et le matérialisme ne répondent pas vraiment à nos aspirations. Avec l'AMAP on participe à un commerce équitable local qui respecte la personne qui produit, la santé des gens et la planète. Et on se rend compte que chaque personne qui doit manger, se vêtir, peut changer le monde en changeant un peu son comportement et sa façon de consommer. C'est une nouvelle vie qui commence ».

« Un choix de vie »

Pour Frédéric, l'intérêt de l'AMAP est surtout d'avoir accès à des légumes bio produits de manière artisanale, de bonne qualité et bons pour la santé. «Je suis content que cela permette à un agriculteur de se maintenir, mais je ne suis pas dans l'idée du don ou de la subvention ».

Le système a aussi ses contraintes, mêmes si les Amapiens en font peu de cas : « Il faut venir à jour fixe et à date fixe et on n’a pas toujours le choix des légumes, poursuit Frédéric, et pendant les vacances, il faut s’organiser pour que les amis viennent chercher les paniers ».

Il reste que pour tous les adhérents à l’association du Clos Vert, adhérer à l’AMAP est bien plus qu’un acte de consommation, « c’est un choix de vie ».

 

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Alain Penloup, maraîcher biologique à Crosmières (sud Sarthe), près de La Flèche

 

 

 

« Sans l’AMAP, je ne serais plus la! »

« Ici on peut faire un enfer comme on peut faire un paradis ». Il avait pourtant presque cessé d'y croire, Alain Penloup, à son paradis. Il y a encore un an sa situation n'avait, il est vrai, rien d'enviable: difficultés pour produire des légumes sur un sol ingrat, surcharge de travail, pression d'une banque « qui ne fait pas de cadeau » et, comme si le sort voulait s'acharner, des ennuis de santé.

Installé depuis deux ans sur un peu plus de 6 hectares à quelques kilomètres de La flèche

(Sarthe), sur une terre mal menée et pauvre en matière organique, Alain Penloup estime avoir pris un mauvais départ. « Si je devais recommencer, je ne m'endetterais pas autant ».Ancien chef d'atelier dans une entreprise de palette bois, Alain Penloup s'est installé avec l'idée de faire les marchés, de développer l'affaire pour ensuite mettre en place des gîtes d'accueil écologiques. «Mes légumes se sont bien vendus dès le début, mais c'est la production qui n'a pas suivie».

« Jours de réconfort »

C'est au cours d'une réunion associative, au printemps 2004, que le maraîcher entend parler pour la première fois des AMAP. Quelques mois plus tard, sur un marché, une de ses clientes l'incite à creuser encore la question: « là je me suis dit: il n'y a pas de hasard. Mine de rien, j'ai contacté le responsable des AMAP d'Île de France pour en savoir plus, et puis j'ai commencé à en parler sur les marchés ». Le 27 novembre, une quinzaine de personnes participent à la réunion constitutive de l'AMAP. Six « Amapiens» s'engagent spontanément et la première distribution a lieu le 16 décembre. Aujourd'hui ils sont près de 80 à venir chercher chaque semaine leur panier au Clos Vert ou à Sablé.

« Les jours de distribution sont mes jours de réconfort. L'ambiance est toujours très conviviale. On prend le temps de discuter, de partager. Et comme pour le moment je suis seul sur la ferme, alors cela permet aussi de voir un peu de monde. » Pour autant, la partie n'est pas gagnée. « Grâce à l'AMAP, je perçois environ 800 euros chaque début du mois. C'est une sécurité. Mais il faudrait atteindre cinquante paniers par semaine pour que je puisse souffler psychologiquement, et 75 pour que je puisse enfin dégager un salaire. Aujourd'hui c'est ma femme qui fait bouillir la marmite. Elle se lève à 3 heures du matin pour travailler à 45 kilomètres d'ici. Si le nombre de paniers augmente, elle pourra revenir travailler sur la ferme »

Avec la création de l'AMAP, Alain Penloup a pu réduire le nombre de ses marchés de trois à un par semaine, ce qui lui laisse plus de temps pour ses légumes, aidé par quelques Amapiens, qui n'hésitent pas à se retrousser les manches: « On dit un grand merci! Mais on n'a jamais de mots assez forts ». Malgré les difficultés persistantes, Alain Penloup a retrouvé la confiance. Du coup le projet d'habitat écologique et d'accueil à la ferme reprend forme.

Si vous souhaitez contacter Alain, , venez le rencontrer ou laissez lui un message ici.

 

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